Entreprendre sans attendre l'État : les chiffres
Des millions d'Africains créent leur emploi sans attendre. Que disent les chiffres sur l'économie informelle, l'argent de la diaspora et le mobile money ? Et pourquoi certaines fuites ne se règlent qu'avec l'État.

En 2023, les migrants et la diaspora ont envoyé environ 54 milliards de dollars vers l'Afrique subsaharienne, selon la Banque mondiale. Le Nigeria en a reçu 19,5 milliards, soit 35 % du total, et le Ghana 4,6 milliards. Derrière ces sommes, des familles qui se soutiennent et, de plus en plus, des gens qui veulent faire travailler cet argent. Voici ce que disent les chiffres sur la création de richesse, quand on n'attend pas que quelqu'un d'autre commence.
L'économie informelle n'est pas une marge
Le Fonds monétaire international estime que l'économie informelle représente en moyenne 38 % du PIB de l'Afrique subsaharienne sur la période 2010-2014. Cette moyenne simple cache des écarts : 20 à 25 % à Maurice, en Afrique du Sud et en Namibie, 50 à 65 % en Tanzanie et au Nigeria. Sa part recule lentement.
Du côté des jeunes, la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique indique que près de 90 % commencent leur vie professionnelle dans l'emploi informel. Elle projette environ 150 millions de nouveaux emplois entre 2022 et 2050, soit moins du quart des personnes qui en chercheront. Beaucoup créent donc leur activité faute d'alternative. C'est une force d'initiative, et aussi un signal d'alerte sur la qualité des emplois.
Les petites entreprises : nombreuses, mal financées
Selon la Banque africaine de développement, les petites et moyennes entreprises représentent plus de 90 % des entreprises du continent. Leur poids dans l'emploi est donné entre 60 % des emplois formels (Proparco) et près de 80 % de l'emploi total (représentante de la Banque africaine de développement en Tanzanie), selon la définition retenue. Leur point faible est le financement : l'écart est estimé à environ 330 milliards de dollars, et les entreprises détenues par des femmes, qui forment environ 40 % des PME, recevraient moins de 20 % des financements. Ces chiffres, rapportés par la presse, sont à confirmer dans les publications de la Banque.
L'argent de la diaspora : une somme, des usages
Ces 54 milliards servent d'abord à vivre : alimentation, santé, scolarité. Ils changent de nature quand une partie est placée dans une activité qui produit : un atelier, un stock, un terrain, une part dans une entreprise. Les montants reculent légèrement en 2023 (-0,3 % pour la région) et la Banque mondiale prévoyait une hausse d'environ 1,5 % en 2024. L'enjeu n'est pas de recevoir plus, mais d'orienter une partie vers l'investissement.
Le mobile money, outil de paiement et d'épargne
D'après l'association GSMA, l'Afrique subsaharienne comptait environ 835 millions de comptes de mobile money enregistrés fin 2023, soit près de la moitié du total mondial, avec 133 millions de nouveaux comptes dans l'année. Pour une petite entreprise, cela veut dire encaisser sans espèces, garder une trace de chaque vente et séparer plus facilement l'argent de l'activité de celui du foyer.
Ce que les chiffres montrent aussi : ce qui s'évapore
La CNUCED (l'organisme des Nations unies pour le commerce et le développement) estime à 88,6 milliards de dollars par an les flux financiers illicites qui quittent l'Afrique, soit 3,7 % de son PIB. De 2000 à 2015, le total atteindrait 836 milliards. La CNUCED compare cette perte aux entrées annuelles d'aide publique (48 milliards) et d'investissements directs étrangers (54 milliards) : elle s'en approche quand on les additionne. La part liée aux exportations de matières premières est la plus importante.
« Créer de la richesse sans attendre l'État » ne veut donc pas dire « sans l'État ». Un entrepreneur peut tenir sa comptabilité et séparer sa caisse. Il ne peut pas, seul, empêcher la sous-facturation d'une cargaison de minerai. Une partie des fuites ne se règle qu'avec des règles fiscales claires et des tribunaux qui fonctionnent.
Deux exemples avec leurs nuances : Dangote et la raffinerie de Lekki
Né à Kano en 1957, Aliko Dangote a étudié la gestion à l'université Al-Azhar du Caire et rentre au Nigeria en 1977. Il démarre le négoce, surtout de ciment, grâce à un prêt de son oncle. Le montant varie selon les sources et reste incertain. Son parcours n'est pas celui d'un départ de zéro : il vient d'une famille de commerçants. Ce qui se retient : il a commencé à vendre, appris le marché, puis décidé de fabriquer.
Des décennies plus tard, son groupe a bâti à Lekki, près de Lagos, une raffinerie dont la capacité annoncée est de 650 000 barils par jour sur une seule ligne de traitement, sur un site de 2 635 hectares. Le groupe affiche un projet d'extension à 1,4 million de barils par jour à l'horizon 2029. Ces chiffres viennent de l'entreprise et de la presse spécialisée, pas d'un audit indépendant. L'exemple illustre l'idée centrale : transformer sur place ce que l'on exportait brut.
Parce qu'on ne peut pas devenir ce que l'on ne voit jamais.
SourcesFaits vérifiés · 19 références
- ThisDay, At $19.5bn, Nigeria accounted for 35 % of Sub-Saharan Africa's diaspora remittance in 2023 (juillet 2024, d'après la Banque mondiale) ; allAfrica, même dépêche ; Citi Newsroom, Ghana, 4,6 Md$ en 2023 ; Africa.com, Remittance flows continue to grow in 2023 albeit at slower pace
- FMI, The potential for growth and Africa's informal economy (2017) ; document de travail WP/17/156
- CEA des Nations unies, UNECA urges Africa to improve quality of basic education (Capital FM) ; aide-mémoire de la réunion d'experts sur l'emploi des jeunes
- The Citizen, AfDB calls for innovative financing to unlock Africa's SME potential ; Proparco, Private Sector & Development n°32 ; The Guardian Nigeria, €240b needed to support SME-led transformation in Africa
- GSMA, State of the Industry Report on Mobile Money 2024
- CNUCED, Africa could gain $89 billion annually by curbing illicit financial flows (2020) ; ONU Info, Illicit capital robbing Africa
- Encyclopædia Britannica, Aliko Dangote ; The Guardian Nigeria, Aliko Dangote: Africa's billionaire at 69 ; BlackPast, Aliko Dangote (1957-)
- Inspenet, Nigeria inaugurates Africa's largest oil refinery with 650,000 bpd capacity ; African Financials, Dangote Petroleum Refinery and Petrochemicals FZE

